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Critique Ciné: Hippocrate

12 Mars 2015 , Rédigé par Gallifrey Publié dans #Test

 
Hippocrate
Réalisateur : Thomas Lilti
Acteurs Principaux : Vincent Lacoste, Reda Kateb,
Jacques Gamblin, Marianne Denicourt
Date de Sortie : 3 Septembre 2014
Comédie Dramatique Française
 

Synopsis : Un jeune homme de 23 ans entre dans un hôpital en tant qu'interne dans le service de son père. Si le métier de médecin est pour lui, une voie toute tracée et évidente, il se rend compte que ce métier n'est pas si facile qu'il le croit, qu'il ne s'agit pas que de soigner et de se présenter comme médecin. Il trébuche, de part sa jeunesse et son manque d'expérience, et ne comprend pas les réactions de certains de ses collègues, qui ne réagissent pas comme il faut selon lui, ou au contraire qui se prennent trop au sérieux...

Parce que le cinéma n'est pas qu'une question d'actualité, il est parfois bon de revenir sur des films qui sont sortis il y a quelque temps (mois, années). Si le métier de médecin est pour lui, une voie toute tracée et évidente, il se rend compte que ce métier n'est pas si facile qu'il le croit, qu'il ne s'agit pas que de soigner et de se présenter comme médecin. 

Hippocrate est un film français, et il faut savoir que je ne suis pas très films français, excepté les comédies qui disposent d'un schéma narratif stéréotypé et dont on devine la fin avant même le début. Hippocrate est une comédie dramatique, donc pas un film comique. On y suit un jeune homme, Benjamin, évoluant dans le domaine médical. Il trébuche, il se trompe, il commet des erreurs ; ça arrive. Comme il est dans le service de son père, il se fait couvrir : l'excuse en est, « c'est un métier assez difficile comme ça, il faut que l'on puisse compter les uns sur les autres ». Mais lorsque l'un de ses collègues également interne commet une erreur, il y a une sanction disciplinaire majeure. C'est le début de ses interrogations : son collègue est un Algérien qui n'est pas vraiment interne, il est médecin dans son pays, mais il lui faut ses équivalences, à savoir valider de nouveau son diplôme pour pouvoir exercer le métier de médecin en France : il est ce qu'on appelle F.F.I : Faisant Fonction d'Interne. Il dispose déjà d'expérience, a contrario de Benjamin qui sort tout juste de la fac de médecine. C'est ce collègue F.F.I., Abdel, qui va faire germer les interrogations chez Benjamin, et notamment en ce qui concerne l'acharnement médical.

Ce qui se passe, c'est que par le côté assez laxiste de ses collègues, Benjamin ne prend pas toujours au sérieux les cas qui se présentent à lui, alors qu'Abdel à tendance à prendre tout un peu trop au sérieux. L'erreur de Benjamin est couverte, mais pas celle d'Abdel. Il y a alors une interrogation sur le non-fondé de telles sanctions, mentir pour certains, et pas pour d'autres. À partir de là, ce sont toutes les tensions dans le service, puis dans l'hôpital, qui éclatent : les infirmières trop peu nombreuses, le non-respect des médecins envers le personnel, le manque de moyens et de matériel, etc...

Il faut savoir qu'en plus de ne pas apprécier beaucoup les films français, je ne suis pas du tout intéressé par ce qui touche au domaine médical (même si comme tout le monde, j'ai adoré la série Dr. House). Ce n'est pas un domaine qui m'intéresse pour beaucoup de raisons qui ne vous intéressent pas, mais ce film lui est intéressant, et pour plusieurs raisons : tout d'abord, ce n'est pas un film sur la médecine, ou les médecins, mais un film sur les relations entre patients et personnel médical. Ce n'est pas le médical qui prône, c'est le social. Ensuite, même si ce n'est pas le médical qui prône, le film entier se déroule à l'hôpital de manière quasiment exclusive. Ce sont les mêmes chambres, les mêmes couloirs, les mêmes bureaux, etc... On sait que l'on se trouve à Paris, néanmoins la position géographique n'est importante à aucun moment, ce qui donne une dimension d'universalité à la problématique du film, à savoir la nature des liens entre patients et personnel hospitalier. Et enfin, même si le film s'appelle Hippocrate, le nom n'est pas prononcé une seule fois. Je vais détailler un peu ce point.

Le Serment d'Hippocrate est un serment prononcé par tout devenant médecin avant de commencer à exercer : il est attribué au médecin grec Hippocrate et est la base de ce qu'on appelle aujourd'hui la déontologie médicale (ce qu'il faut faire, ne pas faire, ce qu'il faudrait faire, ce qu'il faut toujours faire). Les idées générales sont les suivantes : chaque médecin est soumis au secret professionnel, il ne doit divulguer aucune des informations dont il a prit connaissance lors de l'exercice de sa fonction ; il doit agir avec respect envers les malades, leur dire la vérité, les informer de leur maladie, respecter leurs décisions ; et aussi, le point qui fait le plus polémique, à savoir qu'il ne doit pas provoquer la mort délibérément.

Comme je m'éloigne du film, j'y reviens : si le film est bon, c'est parce que ce n'est pas du médecin comme métier dont on parle, mais du médecin comme homme confronté à ses choix, son expérience, et partagé entre ce qu'il faut faire et doit faire. Le point de tension du film repose sur le problème de l'acharnement thérapeutique vis-à-vis d'une patiente de 88 ans métastasée paraplégique. Le personnel médical s'acharne à la maintenir en vie, alors que ni elle ni ses proches ne le souhaite. Et c'est cette tension qui arrête et interroge, et comme c'est un problème social actuel j'invite quiconque à regarder ce film et à y réfléchir. Jusqu'où les médecins ont-ils le droit de s'acharner ? À quel moment, c'est la volonté du patient qui prend le dessus et pas la législation ou les complications administratives ? Autant d'interrogations qui sont au cœur de notre société actuelle, avec notamment le débat sur l'euthanasie (je vous renvoie à la vidéo récente de cette jeune fille de 14 ans d'Amérique Latine atteinte de mucoviscidose incurable, et qui demande un recours pour que l'on mette fin à sa vie).

Hippocrate est un bon film, car c'est un film qui amène un débat, et c'est aussi le rôle du cinéma : pas simplement un divertissement. Je le recommande à quiconque souhaiterais voir le balancement entre expérience et jeunesse, entre ce qu'il faut faire et ce qu'il faudrait faire, entre l'administratif et le véritablement médical. Cependant, il est loin d'être indispensable dans votre culture cinématographique : si vous aimez voir du cinéma intelligent ,je vous invite à le voir, mais vous pouvez vous contenter du cinéma divertissant, car après tout c'est aussi à cela que le cinéma sert.

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